Le Paris des cartes postales occupe une dizaine de kilomètres carrés. Le reste de la ville, la majorité, échappe aux circuits. C’est là que je passe le plus clair de mon temps, et c’est là que se cachent les sorties dont on se souvient. Sélection de lieux vérifiés, accessibles sans piston ni billet coupe-file.
La Petite Ceinture, le chemin de fer oublié
Une voie ferrée de 32 kilomètres encercle Paris depuis le Second Empire. Abandonnée par les trains depuis des décennies, elle s’est transformée en friche sauvage, et plusieurs tronçons sont désormais officiellement ouverts au public : dans le 15e le long du parc Georges-Brassens, dans le 13e, dans le 12e, dans le 20e. On y marche entre les rails, sous les ponts, avec une végétation qui a repris ses droits. Entrée libre par les accès aménagés, aux horaires des parcs.
Des vestiges romains en plein 5e
Les arènes de Lutèce, rue Monge, sont un amphithéâtre gallo-romain du Ier siècle posé au milieu d’un quartier résidentiel. Aucune billetterie, aucun tourniquet : on pousse une porte cochère et on tombe sur deux mille ans d’histoire, entre une partie de pétanque et des gamins qui jouent au foot dans l’arène. C’est peut-être le lieu le plus sous-coté de Paris.
J’ai complété cette sélection avec dix autres adresses insolites, du passage Brady à la Campagne à Paris.
Les villages dans la ville
Paris a englouti des villages entiers en 1860, et certains ont gardé leur allure. La Campagne à Paris, dans le 20e, aligne ses pavillons fleuris sur une butte au-dessus de la porte de Bagnolet. La Cité florale, dans le 13e, cache cinq ruelles pavées aux noms de fleurs. La Butte-aux-Cailles vit encore comme un bourg, avec ses petites façades et ses bistrots. Et le vieux Charonne, autour de l’église Saint-Germain-de-Charonne, ressemble à un décor de film resté en place.
Ces balades ne coûtent rien, ce qui en fait aussi de bonnes candidates pour une journée entièrement gratuite.
Sous terre et en hauteur
Sous terre : les Catacombes restent l’expérience la plus radicale de la capitale, payante et très demandée, réservation en ligne indispensable. Les égouts de Paris se visitent aussi, pour un tarif modeste, et l’odeur fait partie du folklore.
En hauteur : le parc de Belleville offre la vue la moins connue et l’une des plus belles sur les toits, gratuitement. Les toits-terrasses des grands magasins du boulevard Haussmann restent en accès libre aux heures d’ouverture. Le panorama vaut celui de plateformes payantes.
Trois curiosités pour finir
- La rue Crémieux et ses façades pastel, dans le 12e : mignonne au point d’être victime de son succès, allez-y tôt et restez discret, des gens y vivent.
- Le marché aux oiseaux a disparu, mais l’île de la Cité garde son marché aux fleurs couvert, sonore et parfumé, en semaine hors affluence.
- Le musée de la Chasse et de la Nature, dans le Marais, mélange art contemporain et trophées dans un hôtel particulier : le musée le plus étrange de Paris, au sens le plus flatteur du terme.
Pour une version à deux de ces découvertes, beaucoup de ces adresses figurent aussi dans le guide des sorties en amoureux. Et la rubrique insolite accueille nos nouvelles trouvailles au fil des semaines.
Questions fréquentes
La Petite Ceinture est-elle accessible légalement ?
Oui, sur les tronçons aménagés, notamment dans les 12e, 13e, 15e et 20e arrondissements, aux horaires affichés aux entrées. Le reste de la ligne demeure interdit d’accès, et les amendes existent. Les tronçons ouverts suffisent largement à la balade.
Quel lieu insolite choisir avec des enfants ?
Les arènes de Lutèce, sans hésiter : entrée libre, de l’espace pour courir, et une vraie histoire à raconter. La Petite Ceinture du 15e fonctionne bien aussi, avec son allure d’aventure sans danger.
Les Catacombes valent-elles leur prix ?
À mon avis oui, une fois. L’ossuaire ne ressemble à rien d’autre. Réservez en ligne à l’avance, visez un créneau de matin en semaine, et prévoyez un vêtement chaud : il fait 14 degrés en bas toute l’année.
Ces lieux sont-ils vraiment méconnus ?
Tout est relatif. La rue Crémieux est devenue un spot photo connu, la Petite Ceinture se remplit le dimanche. Mais comparés aux files du centre, ces endroits restent tranquilles, surtout en semaine. L’insolite parisien se mérite par l’horaire plus que par le secret.